La maladie

Le Malade L'alcoolique est-il un "malade" ou un "vicieux"?
L'alcoolisme a longtemps été considéré comme un vice, comme une tare. Il l'est d'ailleurs toujours par certains, mais les choses évoluent. On en parle plus ouvertement grâce, entre autres, à l'action des nombreuses associations qui se mobilisent en faveur des malades. Cependant le combat n'est pas gagné : la plupart des alcooliques, même devenus abstinents, préfèrent conserver leur anonymat...

Pourquoi cette image négative?

Parce que le malade alcoolique présente une piètre image de lui-même. Il est dangereux sur la route, inefficace au travail. Il peut être un risque pour son entourage. Il ment, triche. On ne peut pas lui faire confiance. Mais ce qu'on oublie souvent c'est qu'il souffre.

Comment en est-il arrivé là?

Certains individus sont naturellement protégés contre l'alcoolisme: les "chinois rouges". Ils représentent 10% environ de la population européenne, mais beaucoup plus en Asie (jusque 70%!). Lorsqu'ils consomment de l'alcool, cela provoque chez eux une allergie: ils deviennent cramoisis, se sentent très mal et perdent l'envie de recommencer. C'est l'effet antabuse reconstitué artificiellement par certains médicaments à base de disulfirame.

Dans toutes les populations du monde on trouve environ 10% de toxicomanes: à l'opium, au qat, aux médicaments... ou à l'alcool. Les drogues jouent un rôle d'anxiolytique. Elles procurent un effet de récompense. On se sent mieux après en avoir consommé, ou alors ça ne fait rien, ou on y est allergique. Si on se sent mieux, on a envie de recommencer.

Mais petit à petit l'effet n'est plus aussi fort. On augmente alors les doses. Jusqu'à ne plus réussir à les contrôler. On est alors dépendant, toxicomane. L'alcool est donc une drogue; une des plus dures; et en vente libre.

Voir aussi la page "Volonté"


Peut-on dire que l'alcoolisme est héréditaire?

Non. Si l'alcoolisme possède des causes génétiques, il n'est en aucun cas une maladie familiale, héréditaire. Ce n'est pas un destin, une tare, et un ou des parents atteints par cette maladie ne la transmettra pas obligatoirement à son ou ses enfants. Il s'agit plutôt de facteurs de prédisposition, de fragilité génétique, comme ils en existent pour de nombreuses autres pathologies et qui peuvent inciter le sujet à la prudence et donc à la prévention.

On dit souvent qu'on ne devient pas alcoolique tout seul.

On prend le premier verre pour faire comme tout le monde: les amis, les copains, la famille, les collègues. L'alcool est partout. Il a un fort rôle social. Lorsqu'un individu prédisposé à l'alcoolisme rencontre le produit a un moment critique de sa vie il y trouve un réconfort. C'est la conjonction de ces trois éléments qui va déclencher la maladie: il va rechercher le bienfait procuré à ce moment.

Mais pourquoi dit-on que c'est une maladie?

Parce que c'est un comportement pathologique qui présente des signes physiques, psychiques et biologiques permettant le diagnostic. Il entraîne des complications graves et parfois mortelles. L'alcoolisme relève de causes biologiques, génétiques, psychologiques et sociales. Il est également redevable d'un traitement préventif ou curatif bien souvent efficace. Il relève d'une intervention médicale donc à ce titre il s'agit bien d'une "maladie". Pour l'alcoolique l'alcool n'est pas un problème mais une "solution", mauvaise certes, qui lui permet de supporter son état.

Bon d'accord, c'est une maladie. Mais peut-on la soigner?

Bien sûr, comme pour la plupart des maladies. A condition que le malade soit non seulement consentant, mais aussi très motivé. C'est le premier degré du traitement. Le malade doit accepter sa maladie. Puis il va essayer d'arrêter seul.
Bien peu y arrivent puisque c'est une maladie !!
On n'arrête pas une grippe par un effort de volonté... Les reproches du type "tu n'as aucune volonté" ne font qu'enfoncer le malade: en effet il n'a plus aucune volonté.Il lui faudra une aide médicamenteuse et psychologique. Cette aide il la trouvera dans les CCAA . Voir ici. Il peut bien sûr en parler d'abord à son généraliste.

La première étape c'est la préparation du malade qui doit se reconnaître malade alcoolique et intégrer que le sevrage ce n'est pas seulement l'arrêt de la consommation dans les meilleures conditions de confort possible (et cela concerne essentiellement la dépendance physiologique) mais surtout une rupture qui sera définitive avec l'idée de pouvoir ré-consommer un jour avec modération (et cela concerne surtout la dépendance psycho-sociale). Ensuite vient le sevrage. Trop souvent pour le public, le sevrage serait le traitement à mettre en place immédiatement. Or, sans préparation, réalisé trop tôt (souvent sous pression de l'entourage) il est suivi de rapides ré-alcoolisations, de rechute.

Le sevrage sera la deuxième étape. Il dure environ cinq jours, parfois moins, parfois plus suivant le parcours de chaque individu. Il est préférable de le faire sous contrôle médical: en effet un sevrage peut entraîner des épilepsies, voire un délirium tremens.
Après le sevrage le malade devra mettre en place un parcours individualisé: soit un suivi ambulatoire, c'est à dire sans hospitalisation; soit entrer dans un centre de soins. Nous n'aimons pas trop le mot cure qui se rapproche plus d'une notion de régime que d'une notion médicale.
Dans les deux cas le malade aura besoin d'un suivi psychologique pour consolider son abstinence ainsi que d'un soutien médicamenteux pour rétablir son système neurotransmetteur mis à mal par sa maladie. Un mélange de volonté et de chimie en quelque sorte.

Auquel il faut ajouter l'adhésion à un groupe d'entraide comme le nôtre. Voir la rubrique correspondante ici. Seul il risque d'avoir du mal à maintenir son abstinence dans la durée.
Alors on peut guérir de l'alcoolisme?

Tout dépend de ce que l'on appelle "guérir". S'il s'agit de vivre heureux sans alcool, la réponse est "oui". S'il s'agit de pouvoir reboire un jour la réponse est "non". c'est un débat qui agite les Mouvements d'Anciens Buveurs. Les deux écoles existent.

Aux Amis de la Santé nous préférons dire que nous sommes "rétablis". Mais pas à l'abri d'une rechute. Nous savons que nous devons rester abstinents, totalement, et à vie.